Reportage · Un Cœur, Un Espoir

Deux cœurs réparés

Ngaih No avait neuf ans, Lin Lin Htet en avait sept. Toutes deux sont nées avec une malformation cardiaque qu'aucun hôpital birman ne pouvait corriger. Voici ce qu'il faut pour emmener un enfant se faire opérer à deux mille kilomètres de chez lui — quand la route elle-même est fermée.

1 Ngaih No, ou tout ce qu'il a fallu franchir

Décembre 2023 · Rangoun, pour un diagnostic

En décembre 2023, Nimalay se mobilise pour Ngaih No, neuf ans. Elle est née avec une malformation cardiaque. Une collecte est ouverte pour financer son opération et un rendez-vous est pris à Rangoun, pour qu'un cardiologue puisse enfin l'examiner correctement. Reste à l'y emmener.

La route de Kalay est fermée depuis le 28 novembre à cause des combats. Le 20 décembre, on annonce qu'elle rouvrira quelques heures : l'équipe décide de partir le matin même.

Ngaih No passe une dernière nuit chez elle : sa famille lui organise une petite fête, et au matin, ils sont nombreux à venir lui dire au revoir. La route principale n'est pas sûre ; ce sera un sentier de montagne, plus long. Six heures plus tard, ils sont à Kalay. Le 25 décembre, ils atterrissent à Rangoun — c'était le premier vol de sa vie.

Dès le lendemain, les examens. Le diagnostic est bien plus lourd que ce à quoi on s'attendait : la communication entre les ventricules est trop large pour être refermée par cathétérisme. Il faudra ouvrir. Et vu les risques, ce ne sera pas en Birmanie.

Ngaih No tenant une pancarte : « Je m'appelle Ngaih No. Pour vivre j'ai besoin d'une opération du cœur. S'il vous plaît, aidez-moi ! »
L'appel Après le diagnostic, tout change d'échelle. La campagne s'élargit en janvier et février 2024, pendant qu'on cherche un pays — la France, l'Inde, puis le Laos et la Thaïlande. Des enfants de France et du Canada lui envoient des dessins pour lui donner du courage.

Ngaih No rentre chez elle. Suivent onze mois d'attente. Le départ est d'abord annoncé pour la mi-mars 2024, puis reporté par les combats. Au printemps, les fonds sont réunis et la destination est fixée : ce sera Bangkok. Entre-temps, Ngaih No fête ses dix ans et passe chez le dentiste, des soins obligatoires avant toute opération.

Octobre 2024 · Bangkok, pour l'opération

En octobre 2024, une accalmie permet enfin de repartir. Il faut de nouveau franchir une demi-douzaine de barrages tenus par des forces armées différentes, avec un visa expiré côté accompagnateur et une enfant qui voyage sans ses parents. Tout passe.

Ils rejoignent Rangoun le 14 octobre — cette fois comme une escale : formalités administratives, derniers examens, coordination avec l'hôpital de Bangkok. Ce n'est que plusieurs semaines plus tard qu'ils s'envolent pour la Thaïlande.

Ngaih No à l'aéroport, son passeport et sa carte d'embarquement à la main
Le départ Passeport et carte d'embarquement dans une main, la bouteille d'eau dans l'autre.
Ngaih No dans un magasin de jouets à Bangkok, à côté d'une mascotte géante
La veille Une journée à explorer Bangkok avant l'étape la plus importante du voyage. Sur le tee-shirt : « bonheur ».

Le 19 novembre 2024, elle se réveille calme et souriante. Elle pleure quand l'équipe vient la chercher ; on l'accompagne jusqu'à la porte du bloc. L'attente dure cinq heures. Le chirurgien ressort pour dire que tout s'est bien passé, sans complication — et que les heures qui viennent seront décisives.

Quelques heures plus tard, elle est réveillée, elle respire seule, elle murmure quelques mots. Elle quitte les soins intensifs plus tôt que prévu, et l'hôpital une semaine après l'opération. Le plus dur, pour elle, n'aura pas été la douleur : ce sont les visites limitées à quelques minutes, deux fois par jour.

Autour du bloc, il y a tout ce qui ne se voit pas. Il faut louer un petit appartement à Bangkok : être là avant l'opération, et bien après — une fois Ngaih No sortie de l'hôpital, les examens de contrôle s'enchaînent pendant des semaines.

Dès qu'elle quitte les soins intensifs, son accompagnateur dort par terre à côté de son lit pour la surveiller la nuit, et lui apporte ses repas. Reste la langue. Les infirmières parlent thaï, parfois birman ; Ngaih No, elle, parle sa langue chin. Il faut trouver quelqu'un pour traduire.

Ngaih No en soins intensifs à Bangkok, une infirmière à son chevet et une poupée posée près d'elle
Novembre 2024 Soins intensifs, le lendemain de l'opération à cœur ouvert.
Ngaih No aujourd'hui, debout sur une terrasse à Rangoun, souriante
Aujourd'hui Elle court, elle rit, elle grandit. À l'école, à Rangoun, elle figure parmi les bonnes élèves de sa classe.

Entre les deux : Bangkok en chaise roulante, l'aquarium, le musée de cire, un week-end à Hua Hin pour lui faire voir la mer. Puis le retour au village en janvier 2025, où un cardiologue prend le relais. Un an jour pour jour après l'opération, pour fêter la date : un burger avec sa meilleure amie.

2 Lin Lin Htet, sept heures

Lin Lin Htet a sept ans, une tétralogie de Fallot et, par-dessus, une particularité très rare. L'appel est lancé en janvier 2026. Elle arrive à Bangkok le 21 avril, après plusieurs jours d'examens préopératoires.

Lin Lin Htet dans la salle d'attente de l'hôpital à Bangkok, masque sur le visage, faisant le signe de la victoire
Les examens d'arrivée Ils révèlent un rythme cardiaque irrégulier, qu'il faudra surveiller après l'opération.

La veille de l'opération, elle joue dans la petite salle du service et appelle sa maman et son grand-père. Elle demande d'elle-même si les médecins vont réparer son cœur, puis confie qu'elle a un petit peu peur. Mais pas trop.

Lin Lin Htet dans la salle de jeux du service, faisant le signe de la victoire à côté d'un membre de l'équipe
J–1 La perfusion au poignet, la licorne en plastique, et le sourire quand même.

Le 25 avril, elle reste sept heures au bloc. Tout se déroule comme les médecins l'espéraient ; restent quarante-huit à soixante-douze heures décisives. Le lendemain, elle est réveillée, consciente, très calme, et ne se plaint pas.

Son séjour en soins intensifs dure plus longtemps que prévu — une insuffisance surrénalienne, fréquente après ce type d'intervention, que les médecins traitent le temps que son corps récupère. Elle commence à trouver le temps long. Un jour, elle est fière de montrer qu'elle peut se lever toute seule.

Lin Lin Htet assise sur son lit d'hôpital, rayonnante, jouant avec une poupée
Le 7 mai 2026 Après pratiquement dix jours, elle quitte les soins intensifs pour une chambre avec son papa. Elle danse, elle chante, elle ne tient plus en place. À l'hôpital, elle est devenue une petite star — elle qui avait une peur bleue des piqûres.

Avant de rentrer, quelques jours pour être simplement une enfant : l'aquarium, un bateau sur le Chao Phraya, le métro aérien, IconSiam, le marché de Chatuchak. Et surtout, marcher normalement, ce qui lui était encore difficile quelques semaines plus tôt. Le 19 mai 2026, Lin Lin Htet rentre chez elle, auprès de sa maman et de son grand-père.

3 Ce qu'il faut pour réparer un cœur

En Birmanie, une opération cardiaque coûte jusqu'à plusieurs années de salaire. Même quand les médecins renoncent à leurs honoraires, le matériel utilisé pendant l'intervention reste un obstacle infranchissable. Alors les enfants attendent : des semaines, des mois, des années. Certains n'attendent pas jusqu'au bout.

C'est pour eux qu'existe « Un Cœur, Un Espoir ». Les cas les plus simples sont opérés en Birmanie, pour un budget moyen de mille euros. Les cas complexes partent à l'étranger, portés par des ONG partenaires. Un cardiologue pédiatrique et un chirurgien cardiaque aident à repérer les situations les plus urgentes et les familles les plus fragiles.

Ngaih No et Lin Lin Htet ont toutes deux été opérées à l'hôpital Kasemrad Prachachuen de Bangkok, par le docteur Pirapat Mokarapong et ses équipes. Rien n'aurait été possible sans SolidarBirmanie, Child's Dream Foundation, Children Heart Beyond Borders et la Pediatric Cardiac Surgery Foundation — ni sans les centaines de personnes qui ont donné, partagé, cherché des pistes et envoyé des dessins.

Ngaih No et Lin Lin Htet joue contre joue, dans les bras l'une de l'autre
Toutes les deux Deux opérations, deux ans d'écart, le même hôpital et le même chirurgien. D'autres enfants attendent aujourd'hui leur tour.

Un cœur réparé, c'est concret

Un diagnostic, un transport, une intervention chirurgicale et le suivi post-opératoire. C'est ce que finance « Un Cœur, Un Espoir ».

Photos et témoignages de l'équipe de Nimalay, décembre 2023 – mai 2026. Toutes les actualités